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jeudi 21 janvier 2010 à 20:54 Dale Eickelman : Les hommes de religion dans la campagne marocaine ont un rôle fondamental dans le changement des sociétés:
Les hommes de religion (Fqihs et Oulémas) dans la campagne marocaine, à l'instar des autres sociétés, ont un rôle fondamental dans le changement de la structure intellectuelle des sociétés, a estimé l'anthropologue américain Dale Eickelman.
Dans un entretien accordé à la MAP à l'occasion de la parution de la nouvelle version arabe de son ouvrage "Savoir et autorité au Maroc : images de la vie d'un intellectuel de la campagne au 20e siècle"
Eickelman a expliqué avoir choisi la Zaouia Cherkaouiya comme sujet de sa recherche académique après avoir pris connaissance d'un ancien ouvrage britannique de référence qui avait abordé succinctement cette Zaouia en tant que centre religieux.
Il a ajouté que c'est dans cette Zaouia Cherkaouiya, sise dans la localité de Bijaad, qu'il a fait la connaissance du Cadi Haj Abderrahmane Mansouri, et apprécié, prématurément, son ouverture d'esprit malgré sa formation traditionnelle et les conditions sociales qui prévalaient à l'époque dans les campagnes marocaines.
Le scientifique américain a précisé également avoir noté l'engouement de Mansouri pour les études religieuses, le Fiqh et le droit musulman, la consignation des notes de mémoire, l'histoire de la Zaouia Cherkaouia et la généalogie.
Rôle social des Fqihs dans le changement de la société
A une question sur la méthodologie suivie pour la réalisation de son ouvrage, Eickelman a affirmé qu'elle n'est pas forcément américaine puisque le premier à l'avoir prônée fut l'Autrichien Mannheim (mort au milieu du 20ème siècle), qui avait concentré ses travaux sur le rôle social des intellectuels des campagnes, particulièrement des hommes de religion (Fqihs et Oulémas).
Il s'agit d'une méthodologie qui s'impose d'elle-même lorsque le thème est inconnu des milieux scientifiques et donc difficile à cerner et à présenter de façon académique conventionnelle (exemple des statistiques).
Dans ce cas, il est plus pertinent de procéder à une reproduction des images de la vie quotidienne telle que rapportées par les intellectuels de la campagne, a-t-il ajouté.
Cela consiste à poser des questions à ces intellectuels de manière à obtenir des réponses qui renvoient à d'autres questions et à ouvrir ainsi la voie aux nouveaux chercheurs pour entreprendre des études complémentaires sur le même thème en vue de l'enrichir davantage, a expliqué Eickelman.
Selon l'anthropologue américain, de nombreux chercheurs et écrivains accordent désormais une importance particulière au débat sur les points de vue des intellectuels et des oulémas des campagnes et les influences qu'ils exercent et subissent dans leurs sociétés.
Eickelman a affirmé qu'il observe avec intérêt et satisfaction l'attention que portent de nombreux chercheurs au rôle de la religion dans le changement des sociétés.
Le chercheur américain a précisé que sa méthodologie d'étude s'est toujours basée sur la quête du débat avec les intellectuels et les hommes de religion dans les campagnes et les petites villes, en s'écartant du débat avec les intellectuels modernes des grandes villes, liés pour la plupart à des idéologies déterminées et dont le discours verse dans le classicisme linguistique.
Toute famille marocaine dispose de prolongements dans les petites villes, les villages et les campagnes et de liens de parenté à l'intérieur et à l'extérieur du pays, ce qui a fait que le langage marocain a essaimé avec aisance au sein d'autres dialectes, langues et leurs ramifications, a-t-il ajouté.
La Zaouia Cherkaouiya, centre religieux et rayonnement culturel
A propos du choix porté sur le Maroc pour ses études anthropologiques après sa spécialisation dans le Proche Orient, Eickelaman a affirmé qu'au-là de son ambition d'être le pionnier dans tel ou tel domaine, son maître d'études sociales, le Pr. Clifford Geertz, et un certain nombre de ses étudiants ont choisi le Maroc, particulièrement la ville de Sefrou et son environnement culturel, avant qu'il ne le (le Maroc) découvre lui-même après les difficultés rencontrées en Irak et en Egypte, pays où il s'était rendu en 1968.
Il a précisé que la Zaouia Cherkaouiya de Bijaad qu'il avait choisie pour mener sa recherche académique, en la substituant à Kerbala au sud de l'Irak, était un centre religieux au rayonnement culturel et scientifique qui allait au delà des frontières de la région pour s'étendre à d'autres régions éloignées du Maroc.
Le chercheur américain a abordé les archives de la Zaouia Cherkaouiya dont il avait pris connaissance à Bijaad, soulignant la difficulté qu'il éprouvait à les décortiquer (étant écrites par des Adouls) avant d'être épaulé dans cette entreprise par le Cadi Abderrahmane Mansouri qui avait étudié et appris le Coran dans cette Zaouiya.
Les maîtres du Cadi Mansouri àtrait d'union entre tradition et modernité
Il a indiqué que Haj Abderrahmane Mansouri avait commencé, dans le cadre des cycles de formation organisés au profit de ses disciples, à leur inculquer et leur apprendre le Saint Coran et " Moukhtasar Sidi Khlil" dans des douars aux environs de la localité de Bzou avant de se rendre à Marrakech pour poursuivre des étude de l'enseignement originel à la mosquée Ben Youssef.
"Le Fkih Mansouri m'avait fait part de l'influence qu'exerçaient sur les lui Cheikh Abou Chouaib Doukkali et bon nombre de maîtres dont il était le disciple, avec à leur tête Cheikh Mohamed Ben Omar Serghini, Moulay Ahmed Alami et le grand érudit Mohamed Mokhtar Soussi ", a expliqué Dale Eickelman.
Le chercheur américain a estimé que Mohamed Mokhtar Soussi était tel "un trait d'union" entre les littératures traditionnelle et moderne, en ce sens qu'il sillonnait les petites villes telles que Bzou en quête de rencontres et de débats avec leurs Oulémas et en vue de s'enquérir de leur situation au plan social et géographique, comme cela a été consigné dans son ouvrage "Al Maassoul ".
Le Cadi Abderrahmane Mansouri, né en 1912 à Bzou et mort le 1er juin 2004, appartenait à une famille séculaire connue dans la banlieue de Marrakech pour sa piété, sa ferveur et son immense savoir. Son père était l'Imam principal de la mosquée de la localité. Il avait travaillé sur le "plan de la justice" (Khouttat Al Adala) jusqu'à ce que les français entreprennent d'introduire des réformes à cette même justice au début des années 20.
La nouvelle édition de l'ouvrage "savoir et autorité au Maroc : Images d'un intellectuel de la campagne au 20èem siècle" (298 pages), dédiée à la mémoire de Abdelghani Mansouri (1949-1995) est parue aux éditions Malabata de Tanger.
L'ouvrage se décline en sept chapitres avec une préface du Pr. Mohamed Cherkaoui, directeur de recherche au centre national de la recherche scientifique à l'université Paris V de la Sorbonne. Cette édition 2009 a été annotée par l'auteur et est richement illustrée en photographies et cartes.
Né en 1942, le chercheur Dale Eickelman, actuellement enseignant à Dartmouth College aux Etats Unis, est spécialisé dans les études sur le Moyen Orient.
Doté d'un penchant particulier pour le Maroc, il a à son actif plusieurs recherches et études dont "l'Islam au Maroc" (1991) et "le Proche-Orient d'un point de vue anthropologique" (2002).
Nombre de posts: 25 Inscrit(e) le: 25 janvier 2006
samedi 23 janvier 2010 à 13:50 Bonjour Sid Salah et merci beaucoup pour cet artcicle très intéressant.
Voilà un autre artcicle qui va dans ce sens :
Présentation à Marrakech de l'ouvrage "le Savoir et le pouvoir au Maroc" de son auteur Dale F.Eickelman
L'ouvrage «Le Savoir et le pouvoir au Maroc, image de la vie d'un intellectuel de la campagne au 20e siècle», de son auteur le professeur américain, Dale F. Eickelman, orientaliste et anthropologue, a été présenté samedi soir à Marrakech. Paru en anglais en 1985 avant d'être traduit en arabe par les professeurs Mohamed Aafif et Mostafa Ouajjani, cet opus, de 281 pages, met en lumière la descendance familiale et intellectuelle de Feu Haj Abderrahmane Mansouri, ses rapports sociaux et l'influence de son frère le magistrat Ahmed Mansouri. A travers cette œuvre historique et littéraire inédite, Eickelman met l'accent également sur le contexte socio-économique de la région de «Bzou», tout en fournissant une image globale sur cette large plaine composée de terres arides, un milieu naturel qui n'a pas manqué d'exercer son influence sur la personnalité mais également sur le sort de générations d'intellectuels de la région, de ses commerçants et de ses agriculteurs.
Cet ouvrage, dont la version arabe est parue aux éditions «Malabata» retrace aussi le contexte social, politique et historique du Royaume depuis 1912, date de naissance de feu Haj Abderrahmane Mansouri jusqu'à 1985.
Dans cette œuvre, Eickelman tente également de présenter le point de vue vigilant mais aussi clairvoyant de ce grand intellectuel sur nombre d'événements ayant marqué l'histoire du Maroc lors de cette période.
L'ouvrage retrace et analyse les problèmes auxquels s'est heurté la culture classique traditionnelle durant cette époque, et met un accent particulier sur l'influence de la salafiya et des instituts d'enseignement originel. L'auteur tente, à travers la vision de feu Haj Mansouri, de retracer une image implicite du passage d'un Islam populaire à un Islam savant, et de comprendre cette relation entre le pouvoir, le parrainage, et les liens ouverts entre l'école et la société. Dans une déclaration à la presse à l'issue de la cérémonie de présentation de l'ouvrage, M. Eickelman a fait savoir que l'objectif de cette œuvre est de permettre aux lecteurs occidentaux aussi bien d'Europe que d'Amérique du nord d'avoir une idée claire sur les bases intellectuelles et scientifiques sur lesquelles repose l'éducation islamique, et de stimuler chez le lecteur marocain certaines interrogations sur «la perception que se font les occidentaux du Maroc».
«Nous avons rédigé cet ouvrage avec cette ambition d'aider à mieux comprendre le rôle de l'intellectuel religieux dans le développement de la société et du monde moderne», a-t-il dit.
Dans une déclaration à la MAP, Haj Mohamed El Habib Enassiri Cherkaoui, Moquadem de la Zaouiya Cherkaouia, a donné un aperçu sur la biographie de feu Haj Abderrahmane Mansouri, qui a été nommé en 1957 par feu S.M. le Roi Mohammed V juge dans la ville de Bejaâd, soulignant que les mémoires de ce fin érudit théologique constituent un véritable trésor sur l'histoire locale.
Il a, en outre, mis en avant les grandes qualités humaines et professionnelles de feu Haj Abderrahmane Mansouri, qui a été connu par son dévouement et son abnégation au service de l'intérêt général.
Grand homme de sciences religieuses, feu Haj Mansouri a fait preuve d une grande sagesse qui lui a valu l estime de la communauté des ouléma à travers sa valorisation remarquable du référentiel islamique authentique.
Feu Haj Abderrahmane Mansouri a constitué une référence pour les chercheurs et les savants de Marrakech et de Souss, a poursuivi Ennassiri Cherkaoui, également président du Conseil local des ouléma à Khouribga, notant que cet ouvrage est un grand hommage à la mémoire de ce grand intellectuel et savant.
Initiée par l'Association «Muniya» de Marrakech pour la préservation et la promotion du patrimoine du Maroc, cette cérémonie s'est déroulée en présence d'une palette d'intellectuels et d'hommes de lettres ainsi que d'éminentes personnalités.